Le Plan d’épargne en actions, ou PEA, existe depuis plus de trente ans et reste l’un des cadres les plus avantageux pour investir en bourse depuis la France. Son principe tient en une phrase : tant que l’argent reste dans le plan, vos gains ne sont pas imposés, et au bout de cinq ans ils échappent définitivement à l’impôt sur le revenu. Derrière cette promesse se cachent quelques règles à bien connaître, sur ce qu’on peut y acheter, sur la façon d’en retirer de l’argent et sur ce que vous paierez au final. Voici le tour complet.
Comment fonctionne un PEA
Un PEA se compose de deux comptes liés. D’un côté, un compte-espèces, sur lequel arrivent vos versements et les liquidités issues des ventes ou des dividendes. De l’autre, un compte-titres, où sont logées les actions et les fonds que vous achetez. L’argent circule librement entre les deux, à l’intérieur du plan.
Le cœur de l’avantage, c’est que tout ce qui se passe dans cette bulle est fiscalement neutre. Vous vendez une action avec 3 000 € de plus-value pour en racheter une autre ? Pas d’impôt. Vous encaissez 400 € de dividendes et les réinvestissez ? Pas d’impôt non plus. La fiscalité ne se déclenche qu’au moment où vous retirez de l’argent du plan.
Ce fonctionnement favorise les intérêts composés : chaque euro gagné reste au travail au lieu d’être amputé chaque année par la flat tax, comme ce serait le cas sur un compte-titres ordinaire.
Qui peut ouvrir un PEA
Il faut être majeur et fiscalement domicilié en France. Chaque personne ne peut détenir qu’un seul PEA classique, qu’il soit ouvert dans une banque, chez un courtier ou auprès d’un assureur. Un couple peut donc en avoir deux, un par conjoint.
Les jeunes majeurs encore rattachés au foyer fiscal de leurs parents peuvent ouvrir un PEA jeunes, dont les versements sont limités à 20 000 €. Lorsque le jeune n’est plus rattaché, le plan devient un PEA classique soumis au plafond habituel.
PEA bancaire ou PEA assurance
La grande majorité des PEA sont bancaires : vous achetez directement des titres cotés en bourse, avec une grande liberté de choix. Le PEA assurance, ou PEA « contrat de capitalisation », fonctionne comme une assurance-vie : vous investissez dans une liste d’unités de compte proposées par l’assureur. La gamme est plus restreinte et des frais de gestion annuels s’ajoutent, mais certains épargnants apprécient la gestion simplifiée.
Plafond et titres éligibles
Les versements sur un PEA classique sont plafonnés à 150 000 €. Ce plafond porte sur l’argent que vous déposez, pas sur la valeur du portefeuille. Si vous versez 150 000 € et que vos placements doublent, le plan vaut 300 000 € sans aucun problème : vous ne pouvez simplement plus verser.
Il existe aussi un PEA-PME, destiné aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire. Les versements cumulés sur le PEA et le PEA-PME ne peuvent pas dépasser 225 000 €.
Ce qu’on peut acheter
Le PEA est réservé aux placements européens, au sens large :
- les actions de sociétés dont le siège est situé dans l’Union européenne ou dans l’Espace économique européen ;
- les fonds (OPCVM, Sicav, FCP) investis à plus de 75 % dans ces actions éligibles ;
- les ETF qui respectent cette même règle des 75 %.
Ce dernier point ouvre une porte intéressante. Certains ETF utilisent une technique appelée réplication synthétique : ils détiennent un panier d’actions européennes éligibles, mais échangent leur performance, via un contrat avec une banque, contre celle d’un autre indice. Résultat, on trouve des ETF éligibles au PEA qui suivent le marché américain ou un indice mondial. Notre guide des ETF explique ce mécanisme et les risques associés.
Ce qu’on ne peut pas y mettre
Les actions américaines ou asiatiques détenues en direct, les obligations, les fonds obligataires, l’immobilier (SCPI comprises), l’or physique et les cryptoactifs restent exclus. Pour ces placements, il faut passer par un compte-titres ordinaire ou une assurance-vie.
La règle des 5 ans et les retraits
Tout le fonctionnement du PEA tourne autour de son ancienneté, comptée à partir du premier versement. C’est pourquoi beaucoup d’épargnants ouvrent un PEA tôt, même avec quelques dizaines d’euros, simplement pour « prendre date ».
Avant 5 ans
Un retrait avant le cinquième anniversaire entraîne, en principe, la clôture du plan. Le gain réalisé depuis l’ouverture est alors imposé à 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % au total.
La loi prévoit des exceptions : un retrait anticipé reste possible sans clôture en cas de licenciement, d’invalidité ou de mise à la retraite anticipée, et les sommes retirées pour créer ou reprendre une entreprise dans les trois mois peuvent être exonérées d’impôt sur le revenu.
Après 5 ans
Passé ce cap, vous pouvez retirer de l’argent quand vous le souhaitez, en partie ou en totalité, sans fermer le plan. Les gains contenus dans les retraits sont exonérés d’impôt sur le revenu ; seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus. Depuis la loi Pacte, vous pouvez continuer à faire des versements après un retrait, toujours dans la limite du plafond.
L’essentiel à retenir Ouvrez votre PEA le plus tôt possible pour faire courir le délai de 5 ans. Avant ce délai, un retrait ferme le plan et les gains sont taxés à 31,4 %. Après, les gains ne supportent plus que 18,6 % de prélèvements sociaux, et vous retirez librement. Le PEA reste un placement en actions : votre capital n’est pas garanti.
Fiscalité du PEA en 2026 : le calcul concret
Seule la part de gain contenue dans chaque retrait est taxée, jamais vos versements. Prenons un exemple.
Sophie a versé 60 000 € sur son PEA au fil des années. Huit ans après l’ouverture, son plan vaut 100 000 €. Le gain latent est donc de 40 000 €, soit 40 % de la valeur du plan. Si elle retire la totalité, elle paie 18,6 % de prélèvements sociaux sur 40 000 €, soit 7 440 €.
Avec le même portefeuille logé sur un compte-titres ordinaire, la flat tax de 31,4 % aurait représenté 12 560 €, sans compter l’impôt payé chaque année sur les dividendes encaissés. L’écart dépasse 5 000 € sur ce seul retrait.
Si elle retire seulement 10 000 €, le calcul se fait au prorata : 40 % de ce retrait, soit 4 000 €, correspond à du gain. Elle paie 18,6 % de 4 000 €, soit 744 €.
| Situation | Impôt sur le revenu | Prélèvements sociaux | Total sur les gains |
|---|---|---|---|
| Gains laissés dans le plan | 0 % | 0 % | 0 % |
| Retrait avant 5 ans (cas général) | 12,8 % | 18,6 % | 31,4 % et clôture |
| Retrait après 5 ans | 0 % | 18,6 % | 18,6 % |
| Même gain sur compte-titres | 12,8 % | 18,6 % | 31,4 % (flat tax) |
La hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % en 2026 a touché le PEA comme les autres placements financiers, mais l’écart avec le compte-titres reste intact : 12,8 points d’impôt en moins. Pour tout comprendre sur la flat tax et ses exceptions, lisez notre article sur la fiscalité des placements.
Les frais d’un PEA : ce que la loi plafonne
Les frais grignotent la performance, et le législateur a encadré ceux du PEA. Les plafonds réglementaires sont les suivants :
| Type de frais | Plafond légal |
|---|---|
| Frais d’ouverture | 10 € |
| Droits de garde et tenue de compte | 0,4 % par an de la valeur des titres, plus 5 € par ligne |
| Ordre de bourse passé en ligne | 0,5 % du montant de l’opération |
| Ordre passé par un autre canal (agence, téléphone) | 1,2 % du montant |
| Transfert vers un autre établissement | 15 € par ligne, 150 € au maximum |
Ce sont des maximums : de nombreux intermédiaires facturent bien moins, et certains ne prennent aucun droit de garde. Pour comparer les offres, regardez le coût d’un ordre sur le montant que vous investissez habituellement, la présence ou non de droits de garde, l’étendue de l’offre d’ETF éligibles et la possibilité de programmer des achats réguliers.
Bon à savoir : vous pouvez transférer un PEA d’un établissement à un autre sans perdre son antériorité fiscale. Il ne faut surtout pas le clôturer pour en rouvrir un ailleurs.
Les risques à garder en tête
Le PEA est une enveloppe, pas un placement en soi. Sa performance dépend entièrement de ce que vous y logez, et ce sont des actions. Votre capital peut baisser fortement, parfois pendant plusieurs années. Une crise boursière peut faire perdre 30 % ou davantage à un portefeuille, même bien diversifié.
D’où trois réflexes. D’abord, n’y placer que de l’argent dont vous n’aurez pas besoin avant au moins huit à dix ans. Ensuite, diversifier : un ETF large plutôt qu’une poignée de valeurs. Enfin, garder à côté une épargne de précaution disponible, sur un Livret A par exemple, qui rapporte 1,7 % net et dont le plafond est de 22 950 €.
Autre limite : le plafond de 150 000 € et la restriction géographique. Un investisseur qui veut diversifier au-delà complétera avec une assurance-vie, qui accepte aussi des fonds obligataires ou immobiliers, ou avec un compte-titres.
PEA, assurance-vie, PER : comment les articuler
Ces trois enveloppes ne jouent pas le même rôle. Le PEA est taillé pour les actions européennes et les ETF éligibles, avec la fiscalité la plus légère après cinq ans. L’assurance-vie offre une palette plus large, un fonds euros sécurisé et des avantages successoraux. Le PER permet de déduire ses versements de son revenu imposable, mais bloque l’épargne jusqu’à la retraite, sauf cas particuliers.
Une stratégie courante consiste à remplir progressivement le PEA pour la partie actions de long terme, à utiliser l’assurance-vie pour la poche prudente et la transmission, et à réserver le PER aux contribuables fortement imposés qui préparent leur retraite. Si vous débutez, notre guide pour investir en bourse quand on débute reprend les bases.
Questions fréquentes
Peut-on avoir un PEA dans deux banques différentes ?
Non. Chaque personne ne peut détenir qu’un seul PEA classique. Vous pouvez en revanche y ajouter un PEA-PME, dans la limite de 225 000 € de versements cumulés.
Que se passe-t-il si je retire de l’argent avant 5 ans ?
Dans le cas général, le plan est clôturé et le gain est taxé à 31,4 % (12,8 % d’impôt plus 18,6 % de prélèvements sociaux). Des exceptions existent en cas de licenciement, d’invalidité, de mise à la retraite anticipée ou de création d’entreprise.
Le plafond de 150 000 € inclut-il les gains ?
Non. Il ne concerne que les sommes versées. Les plus-values et dividendes réinvestis peuvent faire grimper la valeur du plan bien au-delà, sans limite.
Peut-on investir dans le monde entier avec un PEA ?
Pas en achetant des actions non européennes en direct. Mais certains ETF éligibles au PEA, grâce à la réplication synthétique, suivent des indices mondiaux ou américains tout en respectant les règles d’éligibilité.