Fonds euros ou unités de compte : que choisir en assurance-vie ?

Garantie, rendement, risque, fiscalité : les différences entre fonds euros et unités de compte, et comment répartir son assurance-vie selon son horizon.

Publié le 6 octobre 2026 · 9 min de lecture

Ouvrir une assurance-vie, c’est bien. Savoir quoi mettre dedans, c’est mieux. Dès la souscription, l’assureur vous demande de répartir votre versement entre le fonds euros et des unités de compte, et ce choix pèse bien plus lourd sur le résultat final que le nom du contrat. D’un côté, un support qui ne peut pas baisser mais rapporte peu. De l’autre, des supports qui peuvent rapporter davantage, au prix de baisses parfois sévères. Il n’y a pas de bonne réponse universelle, mais il y a une bonne méthode pour trouver la vôtre.

Deux logiques opposées

Si vous découvrez l’assurance-vie, commencez par notre guide complet de l’assurance-vie, qui explique le fonctionnement de l’enveloppe. Ici, on se concentre sur ce qu’on met à l’intérieur.

Le fonds euros, ou la tranquillité

Le fonds euros est un support collectif géré par l’assureur. Celui-ci y place l’argent de tous ses clients, principalement en obligations d’États et d’entreprises, complétées par un peu d’immobilier et d’actions. Les obligations achetées il y a des années continuent de verser leurs intérêts jusqu’à leur échéance, ce qui explique que le rendement du fonds euros évolue lentement : il suit les taux d’intérêt avec retard, à la hausse comme à la baisse.

Pour vous, le fonctionnement est simple. Le capital est garanti par l’assureur, et les intérêts crédités chaque année vous sont définitivement acquis grâce à l’effet cliquet. Une année de krach boursier ne fait pas baisser votre fonds euros.

Le prix de cette tranquillité, c’est un rendement limité. En moyenne, les fonds euros ont rapporté 2,63 % en 2025, après 2,64 % en 2024. Pour 2026, on attend un taux voisin de 2,9 %, une projection qui n’engage personne. N’oubliez pas que les prélèvements sociaux de 17,2 % sont prélevés chaque année sur ces intérêts : le gain réellement conservé est donc un peu inférieur au taux affiché.

Les unités de compte, ou le pari du long terme

Les unités de compte (UC) désignent tous les supports dont la valeur n’est pas garantie : fonds d’actions, fonds obligataires, ETF, supports immobiliers (SCPI, sociétés civiles immobilières), fonds thématiques, produits structurés… Leur nom vient de ce que l’assureur s’engage sur un nombre de parts, et non sur un montant en euros.

Si le support monte, votre épargne monte. S’il baisse, elle baisse. Les actions, par exemple, peuvent perdre 30 % ou plus lors d’une crise, et mettre plusieurs années à retrouver leur niveau. En échange de ce risque, elles ont offert sur de longues périodes une performance supérieure à celle des placements garantis. C’est toute la logique de l’investissement en actions, que nous détaillons dans notre article pour investir en bourse quand on débute.

Il faut le dire clairement : avec des UC, vous pouvez perdre une partie de votre capital, et personne ne vous le remboursera.

Le comparatif point par point

CritèreFonds eurosUnités de compte
Garantie du capitalOui, apportée par l’assureurAucune
Rendement2,63 % en moyenne en 2025Très variable selon le support et l’année
VolatilitéNulleDe faible (fonds monétaires) à forte (actions)
Horizon adaptéDès le court termePlusieurs années, idéalement 8 ans et plus pour les actions
Prélèvements sociaux17,2 % prélevés chaque année sur les intérêts17,2 % prélevés seulement au rachat
AccèsParfois limité ou conditionné par l’assureurLibre, selon la liste du contrat
FraisInclus dans le rendement net publiéFrais du contrat plus frais propres à chaque fonds

Un détail qui a son importance : comme les prélèvements sociaux des UC ne sont dus qu’au rachat, les gains se capitalisent entièrement tant que vous ne retirez rien. Sur le fonds euros, ils sont ponctionnés chaque année, ce qui réduit un peu l’effet boule de neige.

Ce que donnent les deux supports sur la durée

Rien ne vaut un exemple pour visualiser l’écart. Imaginons 10 000 € placés pendant quinze ans.

Sur le fonds euros, avec un rendement net de frais de 2,6 % par an, puis 17,2 % de prélèvements sociaux chaque année, le taux effectivement conservé avoisine 2,15 %. Au bout de quinze ans, le capital atteint environ 13 760 €. Sans surprise, ni bonne ni mauvaise.

Sur un support actions diversifié, supposons une performance moyenne de 6 % par an après frais. Ce chiffre est purement illustratif : personne ne peut garantir un rendement futur. Le capital atteindrait alors environ 23 970 € au bout de quinze ans, avant fiscalité au rachat. Mais ce résultat moyen cache un parcours chahuté : une année à +20 %, une autre à -25 %, et peut-être un moment où votre épargne vaut 8 000 € alors que vous en avez versé 10 000.

Le vrai risque des UC n’est pas seulement la baisse, c’est d’être obligé de vendre pendant la baisse. Celui qui a besoin de son argent au mauvais moment cristallise une perte. Celui qui peut attendre laisse au marché le temps de se redresser, ce qui, historiquement, a fini par arriver sur les grands indices diversifiés, sans que rien ne le garantisse pour l’avenir.

L’essentiel à retenir Le fonds euros protège votre capital mais rapporte peu (2,63 % en moyenne en 2025, avant prélèvements sociaux). Les unités de compte peuvent rapporter davantage sur le long terme, avec un risque réel de perte. Le bon dosage dépend avant tout de la date à laquelle vous aurez besoin de l’argent et de votre capacité à supporter une baisse sans paniquer.

Comment répartir son contrat

Partir de l’horizon de placement

La question la plus utile n’est pas « quel support rapporte le plus ? », mais « quand aurai-je besoin de cet argent ? ».

Pour un projet à moins de trois ans (achat d’une voiture, apport immobilier proche), le fonds euros s’impose presque entièrement : vous n’aurez pas le temps de récupérer une baisse. Entre trois et huit ans, une part minoritaire en UC peut se justifier, de préférence sur des supports peu volatils ou très diversifiés. Au-delà de huit ans, par exemple pour préparer la retraite, une part importante d’UC devient envisageable si vous acceptez les secousses.

Tenir compte de votre tempérament

Posez-vous une question honnête : si votre épargne de 20 000 € affichait 15 000 € après une mauvaise année, que feriez-vous ? Si la réponse est « je vendrais tout », votre part d’UC est trop élevée, quel que soit votre horizon. Mieux vaut un contrat un peu moins dynamique que vous conservez qu’un contrat très dynamique que vous liquidez au pire moment.

Trois profils pour fixer les idées

ProfilFonds eurosUnités de comptePour qui
Prudent80 à 100 %0 à 20 %Projet proche, faible tolérance aux pertes
Équilibré50 à 70 %30 à 50 %Horizon de 5 à 10 ans, accepte des baisses modérées
Dynamique0 à 30 %70 à 100 %Horizon long, supporte de fortes variations

Ces fourchettes servent de point de départ, pas de règle. Elles doivent évoluer avec le temps : à mesure qu’un objectif approche, on réduit progressivement la part d’UC pour sécuriser les gains.

Choisir ses unités de compte

Toutes les UC ne se valent pas. Quelques réflexes aident à faire le tri :

  • privilégier la diversification : un fonds investi sur des centaines d’entreprises de plusieurs pays est moins risqué qu’un fonds thématique pointu ;
  • regarder les frais : les ETF, qui se contentent de répliquer un indice, coûtent souvent beaucoup moins cher que les fonds gérés activement ;
  • comprendre ce que l’on achète : un produit structuré ou un fonds au fonctionnement obscur n’a pas sa place dans un contrat si vous ne savez pas l’expliquer ;
  • se méfier des supports immobiliers présentés comme sans risque : leur valeur peut baisser, comme l’ont montré les années 2023 et 2024 (voir notre guide des SCPI).

Les contraintes posées par les assureurs

Avec la baisse des taux de la fin des années 2010, les fonds euros sont devenus coûteux pour les assureurs, qui doivent garantir le capital avec des obligations rapportant peu. Beaucoup ont donc cherché à orienter l’épargne vers les UC.

Concrètement, vous pouvez rencontrer des contrats qui imposent une part minimale d’UC à chaque versement, des bonus de rendement sur le fonds euros réservés aux épargnants ayant une part significative d’UC, ou des fonds euros fermés aux nouveaux versements. Ce n’est pas forcément un mauvais calcul, mais assurez-vous que la part d’UC imposée correspond à votre profil, et pas seulement à l’intérêt commercial de l’assureur. Un bonus de 0,5 point sur le fonds euros ne compense pas une perte de 15 % sur des UC mal choisies.

Arbitrer sans payer d’impôt

L’un des grands atouts de l’assurance-vie, c’est l’arbitrage : déplacer de l’argent d’un support à un autre à l’intérieur du contrat. Comme l’argent ne sort pas de l’enveloppe, l’opération n’entraîne aucune imposition, contrairement à une vente sur un compte-titres.

Vous pouvez ainsi sécuriser des gains réalisés en UC en les basculant vers le fonds euros, ou au contraire profiter d’une baisse des marchés pour investir une partie du fonds euros en actions. Vérifiez toutefois les frais d’arbitrage, gratuits sur de nombreux contrats en ligne mais payants ailleurs.

Pour entrer sur les marchés sans se poser la question du bon moment, l’investissement progressif est une solution simple : vous placez une somme sur le fonds euros, et une fraction est automatiquement transférée vers les UC chaque mois. Vous lissez ainsi votre prix d’entrée.

Côté fiscalité, rien ne change selon le support : un rachat est imposé de la même façon, qu’il provienne du fonds euros ou des UC. Les règles détaillées (avant et après huit ans, abattement annuel) figurent dans notre article sur la fiscalité des placements.

Questions fréquentes

Le fonds euros peut-il perdre de l’argent ?

Le capital est garanti par l’assureur, et les intérêts acquis le sont définitivement. Sur certains contrats, la garantie s’entend nette des frais de gestion. Le vrai risque est l’inflation : si les prix augmentent plus vite que le rendement, votre pouvoir d’achat recule.

Peut-on avoir une assurance-vie 100 % en unités de compte ?

Oui, et c’est même fréquent pour les épargnants à horizon long. Dans ce cas, tout votre capital est exposé aux variations des marchés, sans aucune garantie.

Faut-il tout basculer sur le fonds euros quand la bourse baisse ?

C’est souvent la pire réaction : vous vendez au plus bas et ratez le rebond. Si une baisse vous empêche de dormir, c’est le signe que votre part d’UC était trop élevée dès le départ. Mieux vaut l’ajuster à froid, une fois le calme revenu.

Les unités de compte sont-elles taxées différemment ?

Non pour l’impôt sur le revenu, qui s’applique de la même manière à tout rachat. La seule différence concerne le calendrier des prélèvements sociaux : chaque année pour le fonds euros, au rachat pour les UC.

Information générale, à jour à la date indiquée ci-dessus : taux, plafonds et règles fiscales évoluent. Cet article n'est pas un conseil en investissement personnalisé ; tout placement non garanti comporte un risque de perte en capital.